Destinations
De Richmond à Washington, l’autre Côte Est (1/3)
22 FéVRIER . 2019
Boston, New York, Philadelphie, et quelques escales à portée d’océan comme Cap Cod ou les Hamptons : nul besoin de se plonger trop longtemps dans les guides pour trouver un itinéraire tout tracé dans le nord-est des Etats-Unis. Tant mieux pour les adeptes des sentiers battus – après tout, c’est un très beau voyage – mais aussi pour ceux qui préfèrent pousser la curiosité quelques centaines de kilomètres plus au sud. Car à l’instar de « l’autre côte ouest » (où nous vous avions amené il y a deux ans), il y a du côté Atlantique quelques spots qui méritent que l’on s’y attarde plus que pour une simple nuit ou un plein d’essence. À commencer par Richmond.
Par Damien Guillou (textes et photos)
Une fois les bagages récupérés à l’aéroport de Dulles, la logique serait d’embrayer vers Washington D.C, à 40 minutes en voiture. Mais on se rappelle vite que l’on a fait de l’originalité le principe de ce nouveau voyage aux USA. La capitale fédérale attendra donc (promis, on vous distillera nos meilleures adresses dans quelques temps).
Direction Richmond, 200km plus au sud, que l’on avale avec le sourire aux lèvres et aux oreilles grâce à WPFW (83,3 FM), la station qui met à l’honneur jazz, blues et autre soul music. Idéal pour longer la Potomac River et débarquer un peu plus de deux heures plus tard dans une capitale de Virginie qui, pour beaucoup, fait encore partie de la catégorie « ville que l’on ne sait pas placer sur la carte ». Plus qu’une étape tranquille pour se mettre à l’heure américaine, Richmond se révèle, grâce à quelques adresses à dévorer et à l’art sous de nombreuses formes.
Capitale internationale du Street art
Il faut dire que depuis une quinzaine d’années, cette ville de 220 000 habitants a sacrément changé. « Pas mal d’artistes refroidis par le coût de la vie à New York et à Washington ont trouvé ici un site où tout était à faire. En quelques années, certains quartiers infréquentables sont devenus de vraies places to be », nous explique Mickeal Broth, une des figures de Richmond.
Le street artiste sait de quoi il parle, puisqu’il est lui même passé du statut de paria emprisonné pendant 10 mois pour ses peintures à celui d’artiste « officiel » d’une ville qui le sollicite désormais pour créer d’immenses fresques, et lui apporte son soutien pour organiser un festival… Puni puis reconnu pour les mêmes raisons, Mickael est parvenu – avec l’aide d’autres artistes du monde entier – à faire de Richmond un musée à ciel ouvert reconnu internationalement.
Chez Lemaire, pas question en revanche de revoir la décoration. Les lustres et colonnes vont en effet de paire avec la carte concoctée par Patrick Willis. Huîtres pochées, filet de bœuf angus dingue de tendresse, cheesecake pommes-pécan du tonnerre, le tout accompagné des belles longueurs d’un Ankida Ridge (un chardonay blanc made in Virginie) : le chef met tout en œuvre pour que les songes de la première nuit à venir soient des plus agréables.
Mais interdit d’aller se remettre du jetlag sans avoir passé de longues minutes à flâner dans les travées du Jefferson Hotel (dans le même bâtiment que Lemaire, notre image à la une, ndlr). Statues, verrières, salle de bal (…) : parole de Grand Duc, cette opulente adresse qui aurait tout pour plaire à Wes Anderson est sans aucun doute la plus dingue que l’on ait vue sur le continent américain !
Ar(t)chitecture
Cultiver les paradoxes fait partie de l’ADN de Richmond. Au delà du grand écart américain entre graffiti et adresses deluxe, on apprécie également le fait de basculer d’un quartier (et d’une ambiance) à l’autre. Il faut donc se laisser porter, des rues calmes de Fan District (Floyd Avenue, Meadow St.) et ses maisons victoriennes à la trendy Cary Street, en passant – plutôt le soir – par le quartier de Scott’s Addition et ses anciens entrepôts industriels en brique rouge reconvertis en brasseries locales et autres ateliers d’artistes.
Sans oublier Church Hill pour un panorama nocturne de la ville… Pour être définitivement rassasiés, les amateurs d’art et d’architecture ne manqueront pas une double escale au Virginia Museum of Fine Arts et l’Institute for Contemporary Art.
Le premier, pour sa collection permanente habilement présentée et les sculptures qui ornent le jardin attenant (wahou, le Chloe de Jaume Plensa !). Le second, pour les lignes du surprenant bâtiment signé Steven Holl (la programmation de l’établissement ouvert l’an passé demande encore à faire ses preuves). Plus de doute possible : Richmond la méconnue a tout de la bonne surprise.
D.G.