Rencontre avec José Lévy, directeur de la Création du Pavillon France pour l’exposition universelle d’Osaka

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02AVR. 2025

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Rencontre avec José Lévy, directeur de la Création du Pavillon France pour l’exposition universelle d’Osaka

02 AVRIL . 2025

Écrit par Johanna Colombatti

Tout droit venu du monde de la mode dans lequel il a brillé une vingtaine d’années, José Lévy s’affiche désormais comme un artiste complet : sculptures pour la manufacture de Sèvres ou Hermès, costumes pour le théâtre d’Arthur Nauzyciel, mobilier pour la maison Lelièvre ou objets pour la cristallerie Saint-Louis. Cette saison il est à l’honneur au Japon à travers deux évènements qui sonnent comme une consécration dont l’exposition universelle d’Osaka.

Il fait partie des artistes français dont le nom s’exporte hors de nos frontières, participant au rayonnement de notre patrimoine national. Celui qui a connu plusieurs vies, d’abord dans la mode où il connut un franc succès en lançant sa marque « José Lévy à Paris », rapidement couronné du prix de l’ANDAM (récompense très prestigieuse en matière de mode), puis en prenant la direction artistique de maisons telles que Ungaro et Cacharel. Il est désormais l’un des artistes que les manufactures s’arrachent pour mettre au point des collections singulières à la croisée des arts plastiques et des arts décoratifs. Cette saison, José Lévy est à l’honneur à Osaka, où il dirige la création du Pavillon Français (hors exposition permanente) à l’occasion de l’Exposition Universelle réunissant des générations de talents français et japonais, mais également à la Villa Kujoyama où il officie en tant que commissaire de l’exposition qui poursuit la célébration des 10 ans de résidences des métiers d’art.

José Levy et l'équipe du Nemours, son restaurant préféré à Paris

José Levy et l’équipe du Nemours, son QG à Paris

Bercé par la culture japonaise, José Lévy grandit dans un univers tourné vers un goût de l’ailleurs. Ses grands-parents possédaient Judogi une société de fabrication d’arts martiaux et de tatamis et collectionnaient aussi bien les arts d’Asie que ceux d’Afrique, une manière de côtoyer le singulier qui lui fait dire avec amusement « ce que je trouvais vraiment étonnant, ce n’était pas de voir des samouraïs et des masques Nô chez mes grands-parents, mais c’était plutôt de découvrir que ceux des copains avaient dans leurs campagnes des vaches et des cochons ». De cette période, il conserve une grande faculté d’émerveillement qu’il nomme ses « traces d’enfance » doublé d’un fort tropisme pour le Japon qu’il redécouvrira à l’âge adulte sous un nouveau jour avec son aventure dans la mode. Dans les années 1990, il monte sa propre marque « José Lévy à Paris » porté par l’esthétique des films de Jacques Demy et de Tati. Ses collections, qui excluent l’emploi du noir, apparaissent comme une manière ludique d’habiter le réel et de toucher à la part intime de ceux qui le choisissent : « ce qui m’intéresse c’est l’intimité, c’est le corps, tous les corps, ce sont les gens ». Ils façonnent ainsi des silhouettes pour donner confiance aux gens, considérant le vêtement comme la première expérience qu’on fait de l’autre. Le succès est au rendez-vous, les collections voyagent et les récompenses pleuvent.   Les marques l’invitent alors à devenir directeur artistique, un temps chez Cacharel, Ungaro, Nina Ricci, une manière de mettre sa vision au service des autres. Et puis l’appel du large …  Dans les années 2000, il décide d’élargir son champ de création et d’expression aux arts plastiques et décoratifs qu’il avait déjà côtoyés avec la mode. Il travaille la photographie, le design dans une approche globale et la Manufacture de Sèvres, comme Hermès ou la galerie Perrotin accueillent ses nouvelles histoires.  

© Villa Kujoyama

© Villa Kujoyama

  Puis il retourne au Japon, à Kyoto en tant que résident de la Villa Kujoyama (l’équivalent nippon de la Villa Médicis) et expérimente en s’ouvrant à différentes formes d’art. Une expérience-clef dans un contexte d’émulation artistique où il rencontre ses frères et sœurs de Villa : ceux qu’on croise dans des contextes particuliers, et qui restent pour toujours attachés à un moment de vie d’une intensité rare. Ce nouveau séjour, de plusieurs mois consécutifs cette fois, lui offre une vision complémentaire du pays. Un nouveau rapport au temps, une observation qui se traduit par un projet de séries de photos capturant les sensations et découvertes apportées par ce voyage. Cette expérience le confortera dans sa vision d’une création hybride entre arts plastiques et décoratifs. 

Veilleur, © José Lévy

Veilleur, © José Lévy

  A son retour, il signe une première grande collaboration avec Monoprix pour laquelle il conçoit une collection couverte de feux d’artifices, comme une explosion de joie à afficher à la face du monde. La maison, le vestiaire, et même les jouets pour enfants y passent. Puis s’enchaîneront ensuite des projets où le merveilleux côtoie parfois l’étrange : avec la manufacture de Sèvres et le projet Mousse de Sèvres, une collection foisonnante mêlant biscuit, céramique et platine, rendant hommage aux arts décoratifs français et aux pierres jonchant le sol et qui avec le temps, se couvrent de mousse. La collection fera fureur et l’ensemble des pièces sera acquis le soir du vernissage. Plus tard c’est avec petit H, la Cristallerie Saint-Louis, Diptyque, Lexon ou différentes galeries que les collaborations se poursuivent et dans lesquelles se perçoit toujours cette pointe d’humour et de fantaisie propre à ceux qui ont su préserver leur âme d’enfant. Cela se traduit par des jeux d’échelles : des productions miniatures avec Sèvres ou exagérément grandes avec le samouraï « le Veilleur » de 7 mètres qui devient le symbole de la Villa Kujoyama ou encore les Kokeshi, ces poupées japonaises, issues de sa collaboration avec Leblon Delienne qui ici prennent l’allure de grandes sculptures noires et laquées, ou les Clopes and Co avec CVL, qui figent l’incandescence d’une cigarette sous forme de lampes déclinées en diverses tailles. Les objets s’animent en affichant un usage détourné ou un décalage de proportions, embarquant immédiatement le spectateur dans un univers fantastique et plein d’humour.

Les Clopes © José Levy

Les Clopes © José Levy

  Cette dimension narrative est également perceptible dans son travail au théâtre : en 2024 il a produit plus de 120 ( !) costumes pour la pièce « les Paravents » mise en scène par Arthur Nauzyciel, une expérience hors-normes qui lui a valu le prix des Éloges des meilleurs costumes. En cette nouvelle saison, c’est le Japon qui le rappelle. A l’occasion de l’Exposition Universelle d’Osaka, il dirige la création au sein du Pavillon français (en dehors de l’exposition permanente) et se fait pour l’occasion passeur des talents français et japonais en matière d’arts décoratifs et de la rencontre de ces deux mondes. « Le Pavillon est le reflet de ce tropisme mutuel invitant un extrait de la scène française d’hier, d’aujourd’hui et de demain. » se plaît-il à rappeler et convoquant ainsi Jean-Guillaume Mathiaut, Joseph-André Motte (luminaires Disderot), Jean-Baptiste Fastrez (Tectona), Stella Cadente pour ne citer qu’eux. 

 
 
Pavillon France Bureau protocolaire © Jose Levy

Pavillon France Bureau protocolaire © Jose Levy

  Quant à la Villa Kujoyama, il y retourne en tant qu’ancien résident pour mettre en scène, à travers un parcours immersif, un dialogue entre les savoir-faire français et japonais, et l’impact transformateur de la Villa sur ses résidents avec « ce que la Villa m’a fait » : un diptyque (comme il est fréquent dans sa pratique) qui montrera d’un côté une vidéo donnant l’occasion aux résidents de parler raconter leur expérience à la Villa et de l’autre une photographie de leur studio de l’époque. 

José Levy

José Levy

  Et pour José Lévy, le printemps sera décidément du côté du Soleil Levant ! Exposition Universelle d’Osaka du 13 avril au 13 octobre 2025 Villa Kujoyama, établissement artistique français à Kyoto. 17-22 Hinookaebisudanicho, Yamashina Ward

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